Cela faisait très longtemps que je désirais lire ce livre, mais on m'en empêchait, par peur des réactions qu'il pourrait déclencher chez moi. Mais j'avais besoin de savoir, de comparer le ressenti de l'auteur avec le mien, bien que nos troubles soient différents (même s'ils visent tous deux l'autodestruction) ainsi que le lieu d'internement(avec des enfants/avec des adultes) .
Donc finalement, je l'ai acheté, et ça m'a fait du bien de le lire, car quoi qu'on en dise on ne ressort pas indemne de ces endroits-là. Pavillon C, puis pavillon B, jamais je ne pourrai vous effacer de mon esprit. Aujourd'hui quand j'y repense je suis partagée entre une nausée terrible et l'envie d'être shootée pour ne plus avoir à penser. Mais le dégoût l'emporte toujours.
Résumé:
A treize ans, Valérie Valère a été internée au pavillon des enfants fous d?un grand hôpital parisien. A quinze ans, elle écrit le récit de ce séjour. Son livre est le cri pathétique d?une adolescente de treize ans qui, un jour, a refusé toute nourriture. « J?ai enfin réussi à crier (?) J?ai crié en silence pendant deux ans. En violence pendant trois semaines, le temps de déverser toute ma haine sur les touches d?une machine à écrire. »
L?auteur estime que son livre est l?expérience d?une folie et qu?il n?y pas de mots raisonnables pour la décrire. Elle prend conscience des raisons profondes qui l?ont amenée à ce comportement suicidaire, on la voit dans son récit s?acheminer lentement vers une amélioration. Elle s?est malheureusement suicidée à l?âge de 21 ans...
Voici les extraits témoignant de mes ressentis passés et parfois actuels:
"Mais quel crime ai-je donc commis? Ai-je tué quelqu'un et perdu ensuite la mémoire? Ai-je tué,volé? Non, j'ai fait un choix. Il ne les concerne pas, ce n'est pas eux qui en souffrent, je suis "inoffensive". Je les déteste ceux qui disent que je leur fais du mal en me laissant mourir. Ils ne peuvent pas savoir, je ne leur dirai pas, d'ailleurs ils ne m'aiment pas, ce n'est pas ainsi qu'on aime."Il est interdit de disposer de votre personne à votre gré, mademoiselle, vous ne vous appartenez pas, votre corps est à nous.""
"Je suis seule dans le silence d'une prison injuste, seule avec mes pensées écorchées autant que mon corps."
"Je les déteste, je les hais. Je n'ai rien fait. Seul le mur blanc me répond, lui aussi il est avec eux. Le lit est très haut, j'ai l'impression que le sol est très loin de moi, les carreaux tournent, je n'ai rien à penser. terrible solitude, terrible silence. Je suis persur dans un nulle part, un lieu où personne n'a le droit d'exister..."
"Les cris m'effraient...Cris révoltés et violents, cris de bête sauvage qui s'est pris la patte dans un piège de braconnier. Ils pleurent aussi, et ils tapent contre les murs pour demander à sortir."
"Le carrelage me regarde d'en bas, moi penchée vers lui, il m'observe comme si j'étais folle et les draps m'accusent brandissant l'étendard de leur propreté exaspérante. Ces quatre murs crient des mots que je ne comprends pas, je les sens se refermer sur moi comme une camisole inviolable. Oui, je voudrais qu'ils m'écrasent, je voudrais partir, quitter tout, ne plus exister. Je voudrais le néant."
"Un cri de violence, soudain, déchire mes oreilles, interrompu, repris, plein de haine... Une infirmière appelle un médecin armé d'une seringue... Cris redoublés, leurs sons crèvent les tympans et paralysent d'effroi. J'imagine le lit, les sangles, les renforts de bras...Soudain l'explosion de rage, grincements de barres trainées contre le carrelage, déploiement de forces inutiles, sursauts désespérés... Silence.
Terrible silence angoissant.Néant.Oubli.Mur. Première mort."
"Quel crime ai-je donc commis? Refuser le monde: crime puni de prison à perpétuité. Ils me manipulent comme un vulgaire ramassis d'os, dénué de toute pensée, de tout sentiment. Je suis seule. Dehors, le monde est en train de rire, de s'amuser, de parler, je suis seule, seule avec mon corps, qui ne veut rien, qui ne demande rien, sauf de mourir."
"Ils n'ont pas l'air de se rendre compte de l'horreur qu'ils provoquent. Ils s'en moquent. Hors de ces murs, de cette prison, personne ne sait ce qu'ils font subir à ces esprits prisonniers, mais les gens en ont tellement peut, ils éprouvent tant de répugnance qu'ils oubleint parce que c'est plus simple et plus facile."
"C'est encore le bruit de la clé dans la serrure qui m'a réveillée, abrutie par la drogue, la tête lourde comme une pierre, les membres engourdis et le regard méchant."
"Pourquoi m'ont-ils mise ici, je ne suis pas folle! Je ne tape pascomme une forcenée contre les murs. Mais bien sûr ce n'est pas de la folie. Seulement, on ne me l'a jamais expliqué, ce sont des choses dont on ne parle pas, les gens en ont peur... Moi aussi j'en ai peur puisque je ne veux pas qu'on me traite de folle."
"J'entends les cris hystériques des enfants prisonniers, je ne les vois pas, je m'y refuse, je suis stupidement répugnée, non je n'ai rien à voir avec eux: les fous. Mais, moi aussi, je suis folle, c'est pour cela n'est-ce pas...?"
"Elle m'a regardée avaler les somnifères et elle m'a parlé pendant dix minutes pour vérifier si je ne les cachais pas sous ma langue. Ce ne sont pas des êtres humains, je ne sais pas comment ils s'appellent, il faudrait que je leur trouve un nom répugnant, plein de vice. Même mes désirs finissent par disparaître, ils m'ont droguée comme une folle, je suis prise dans une camisole, j'ai de la chance de ne pas être née à l'époque des fous étouffés entre deux matelas, ou plutôt je n'ai pas cette chance."
"Mai cesse donc de dire "ces enfants fous". Tu en fais partie, tu es folle toi aussi, sinon tu ne serais pas là. Tu entends, tu es folle, tu entends, folle, f,o,l,l,e."
"Je ne sais pas l'heure. Quelle importance a-t-elle? Ici les jours ne comptent pas, on vous prend votre temps, comme on prend votre corps. Vous n'avez rien à dire, vous n'avez que le droit de supporter. Je ne pleure plus. J'ai l'impression de ne plus pouvoir, mes yeux restent secs, mon corps est vide de larmes. C'est dommage, les larms, c'est chaud, compréhensif, ça réconforte.
Je ne peux pas rêver non plus car le mur est trop agressif, trop présent. Je n'ai que mes pensées à retourner dans tous les sens. Je regarde brûler ma peau de soie, la première, une de mes fausses peaux, une de celles qui cachent ma véritable sensibilité. Et je ne ressens rien. Peut-être une petite satisfaction."
"Je n'étais pas obligée de connaître les symptômes des maladies mentales... Pour moi, un fou c'était une effrayante personne qui se contorsionnait dans tous les sens et devait être enfermée pour ne pas vous agresser et utiliser sa force refoulée; c'était aussi quelqu'un de complètement inconscient quant à son état. Un fou, quoi, vous entendez, un fou! Un déchet...une larve anéantie par les électrochocs et maintenant par les "calmants"... c'est bien ainsi qu'on les décrit, n'est-ce pas?"
"C'est étrange que je ne veuille pas admettre que moi aussi, je suis classée, inscrite sur la mauvaise liste. Et mon comportement ne fait qu'aggraver les choses..."
"Ainsi le soir m'apparaissait comme le moment le plus terrible. Silence et brouillard. Dans ma maison, il y aurait des bougies et de la musique... Le lit toujours aussi dur, mon corps qui n'en finit pas de s'allonger, plus il s'endort et plus je le sens s'étaler et s'amoindrir. Je ne souffre pas de la solitude, elle me plaît; mais ce silence cassé quelquefois par un cri hystérique ou par un ordre intransigeant je ne le supporte plus! Il le faudra bien, tes sentiments... Tu n'as pas encore appris qu'ici ce mot n'existe pas! C'est toi qui l'as voulu! Non! Le somnifère ne me laisse pas le temps de réfléchir. Vous sentez une lassitude envahissante vous dominer, je ne peux pas résister. Vous entendez? je ne peux rien faire!"
" J'adoptai la fuite, me réfugiai dans les rêves sans penser à l'infantilisme de cette solution assurément trop facile. On m'avait fait mal, pour le dissimuler j'essayais de jouer, mais je jouais mal, comme une débutante à laquelle on n'a pas appris les règles."
"Je ne peux que me sentir mal, j'ai le mal de vivre et c'est un crime."
" "- Non, madame, rentrez chez vous, on va la soigner, ne vous inquiétez pas. Elle vous reviendra sereine et reposée, gentille, adorable." Entendez "bourrée de calmants et d'euphorisants"."
"Non! je ne peux pas, j'essaie de digérer ma mort, assaisonnée d'un peu de haine pour que ça passe mieux. Le plafond tourne, les carreaux aussi, les cris repassent, ma voix s'éraille comme celle d'un animal pris au piège et qui doit mourir lentement, avec la menace d'une dernière vengeance! Je ne sais plus où je suis, mes mains m'entourent de ténèbres reflétées par la couleur de cette souffrance muette, mon coeur tape, mes poumons, mes veines se noient dans un sang nauséabond, où suis-je, qui suis-je? Rien, nulle part, une boule de tortures, la fille émet un dernier cri avant de sombrer dans le sommeil."
"Des dessins, des phrases et des livres, ça ne comble pas votre esprit lorsqu'on vous contraint à trop combler votre corps. Des broderies et du silence, ça ne vous rend pas la joie de vivre."
"Il me semble que plus rien n'a d'importance, j'ai tout oublié, un énorme vide à la place de quatre mois, j'ai perdu ma mémoire pour mieux me plier à leurs exigences, je n'existe plus et pourtant ils me laissent sortir..."